Récit d’une ASE en crèche découvrant Dents-Hippo
Je travaille comme ASE dans une crèche qui accueille des enfants de 3 à 5 ans. Lorsque j’ai découvert le projet Dents-Hippo, j’ai tout de suite été intéressée par son approche ludique autour du brossage des dents. Dans notre quotidien, l’hygiène bucco-dentaire est un thème important, mais pas toujours facile à aborder avec les enfants. Ils savent qu’il faut se brosser les dents, mais ils ne comprennent pas toujours pourquoi, ni quelle quantité de dentifrice utiliser.
Ce qui m’a d’abord plu dans Dents-Hippo, c’est que le projet ne se limite pas à dire aux enfants ce qu’ils doivent faire. Il leur propose un univers : un personnage, une histoire, une chanson, une BD et un petit objet concret qui permet de limiter la quantité de dentifrice. Pour des enfants de cet âge, c’est essentiel. Ils apprennent beaucoup mieux lorsqu’ils peuvent voir, toucher, chanter, imiter et raconter. Le fait que l’hippopotame soit sympathique et facilement identifiable aide aussi à créer un lien affectif avec le message.
J’ai particulièrement apprécié le réducteur de dentifrice. Dans une crèche, on remarque souvent que les enfants ont tendance à vouloir mettre beaucoup trop de dentifrice, soit parce qu’ils trouvent cela amusant, soit parce qu’ils pensent que “plus il y en a, mieux c’est”. Le système proposé par Dents-Hippo permet de rendre visible une idée qui est parfois abstraite : une petite quantité suffit. L’objet devient donc un support pédagogique, pas seulement un accessoire.
Le projet a aussi une qualité importante : il relie l’hygiène à la durabilité. Cela me semble très pertinent. Les enfants comprennent déjà qu’il ne faut pas gaspiller l’eau ou jeter inutilement des choses. Avec Dents-Hippo, on peut élargir cette réflexion au dentifrice : utiliser la bonne dose, c’est prendre soin de ses dents, mais aussi éviter le gaspillage. Cette double dimension santé-environnement est intéressante, parce qu’elle permet d’aborder le développement durable à partir d’un geste quotidien très simple.
J’ai aussi trouvé positif que les supports soient pensés pour être accessibles. La BD peut servir de point de départ à une discussion en petit groupe. La chanson peut accompagner un rituel. Le bouchon peut être présenté lors d’un atelier. Cela laisse une certaine liberté aux professionnel·le·s pour adapter l’activité selon l’âge des enfants, leur niveau de langage et leur capacité d’attention.
Cela dit, en tant qu’ASE, je vois aussi quelques pistes d’amélioration possibles. Pour une utilisation en crèche, il serait utile d’avoir une version très courte du kit, sous forme de séquence clé en main de 15 à 20 minutes. Dans notre réalité professionnelle, nous avons peu de temps pour préparer de longues activités. Une fiche simple avec le matériel nécessaire, les étapes, les phrases importantes à dire aux enfants et une petite conclusion aiderait beaucoup.
Je pense aussi qu’il faudrait prévoir une adaptation pour les plus petits, notamment les enfants de 3 à 4 ans. La notion de durabilité peut être difficile à comprendre si elle est expliquée de manière trop abstraite. Pour eux, il faudrait peut-être formuler le message de façon très concrète : “une petite goutte suffit”, “on ne gaspille pas”, “on prend soin de ses dents et de la planète”. Les images devraient être très simples, avec peu de texte.
Une autre amélioration possible concernerait l’accompagnement des adultes. Le projet s’adresse aux enfants, mais il serait utile d’avoir une petite fiche destinée aux parents ou aux professionnel·le·s. Elle pourrait expliquer pourquoi la dose recommandée est petite, comment utiliser le réducteur et comment éviter de faire peur aux enfants avec les messages sur les caries ou la pollution. Dans une crèche, nous devons toujours veiller à transmettre les informations de manière rassurante.
Enfin, je me demanderais comment le bouchon peut être utilisé concrètement dans une collectivité. En crèche, les questions d’hygiène sont très strictes : chaque enfant a son propre matériel, les objets doivent être faciles à nettoyer, et il faut éviter les échanges entre enfants. Il serait donc intéressant de préciser les conditions d’utilisation du réducteur : nettoyage, rangement, compatibilité avec différents tubes, et usage individuel ou collectif.
Globalement, je trouve que Dents-Hippo est un projet très prometteur. Il part d’un geste simple, connu des enfants, pour aborder des enjeux plus larges : la santé, le gaspillage, l’autonomie et la responsabilité. Son principal atout est de rendre ces notions concrètes et amusantes. Avec quelques ajustements pour faciliter son utilisation en crèche, notamment des fiches plus courtes, une version pour les plus jeunes et des indications pratiques sur l’hygiène, ce projet pourrait devenir un très bon support d’animation pour les structures d’accueil de l’enfance.